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Quelle nourriture donner à un chien épileptique ? Une revue de la littérature scientifique

L’épilepsie est une maladie neurologique chronique qui affecte environ 5 % des chiens. Choisir la bonne nourriture pour son chien épileptique peut jouer un rôle majeur dans la gestion de cette maladie. Une nutrition adéquate peut réduire la fréquence et la gravité des crises, améliorant ainsi la qualité de vie de votre compagnon. Dans cet article, nous explorons les pistes sur les choix alimentaires adaptés pour les chiens épileptiques. Nutriments essentiels, aliments à éviter et régimes spécifiques, voici ce que révèlent les études scientifiques récentes sur l’alimentation du chien atteint d’épilepsie.

Qu’est-ce que l’épilepsie chez le chien ?

Selon la Ligue Internationale Contre l’Épilepsie, une crise se définit comme « une survenue transitoire de signes et/ou de symptômes dus à une activité neuronale anormale, excessive ou synchrone dans le cerveau ». L’épilepsie est une maladie neurologique chronique et le plus souvent idiopathique, c’est-à-dire sans lésions cérébrales sous-jacentes. 

Sa prévalence est estimée entre 0,5 % à 5 % de la population générale canine, mais peut atteindre les 18 % dans certaines races comme l’Irish Wolfhound. Dans la population féline, 1 % à 2 % des chats sont diagnostiqués épileptiques.

Chez le chien, le traitement de l’épilepsie est basé sur l’administration à vie de médicaments antiépileptiques (Phénobarbital, potassium de bromide, levetiracetam, zonisamide, diazepam) mais 30 % des cas sont réfractaires au traitement. Les traitements sont les mêmes pour les chiens et pour les chats, mais il faut faire attention à la toxicité et les effets indésirables des médicaments qui ne sont pas comparables. 

Les effets secondaires retrouvés généralement sont l’ataxie (difficultés de coordination des mouvements lors du déplacement), la polyphagie (faim excessive avec absence de sensation de satiété), l’incontinence et divers effets sur le comportement. De plus, une toxicité hépatique et pancréatique et des atteintes métaboliques peuvent être observées, comme l’augmentation de triglycérides. 

Chien épileptique chez le vétérinaire

Existe-t-il des solutions plus naturelles pour lutter contre cette maladie ? Qu’en est-il du rôle de l’alimentation dans l’épilepsie chez le chien ?

Inclure la vitamine D dans l’alimentation du chien épileptique

La vitamine D3 ou cholécalciférol est la forme active de la vitamine D. La principale source de cette molécule est l’exposition de la peau au soleil, mais nous pouvons en retrouver à petite dose dans l’alimentation. Elle joue un rôle essentiel dans la santé des os et du cœur. 

Dans les modèles animaux rongeurs, différentes études ont montré un effet anticonvulsivant de la vitamine D3. Chez l’Homme, un lien entre la vitamine D3 et l’épilepsie a été montré : les auteurs soutiennent l’utilisation de cette vitamine comme traitement potentiel de l’épilepsie humaine, soit toute seule, ou par addition avec les anticonvulsivants existants.

Molécule de vitamine D, un nutriment essentiel de la nourriture pour chien épileptique

Par exemple, dans cette étude, 13 patients épileptiques ont pris un traitement à la vitamine D3 pendant 3 mois d’une dose variant de 40 000 à 2600 UI selon les taux de vitamine au départ. À la fin du traitement, le nombre de crises a significativement diminué (avec une médiane de 40 %) pour 10 d’entre eux. 

Dans une autre étude, il a été montré que chez les patients épileptiques sous médicaments antiépileptiques, une déficience en vitamine D est majoritairement observée. Dans leur conclusion, les auteurs soulignent que la surveillance de la vitamine D doit être considérée comme un élément clé pour la prise en charge des crises épileptiques. 

→ La vitamine D3 semble être une bonne piste, mais à quelle dose ?
Peu d’études chez le chien ont été effectuées pour déterminer la quantité de vitamine D nécessaire dans l’alimentation pour lutter contre les crises d’épilepsie. 

Rester critique sur l’intérêt des oméga-3 pour lutter contre l’épilepsie canine

Chez l’Homme, il est possible que l’apport en oméga-3 permette de réduire les crises d’épilepsie. Dans cette méta-analyse, neuf études ont été incluses, dont quatre qui rapportaient une association positive entre les oméga-3 et la réduction de crise, mais cinq ne montraient aucune significativité. La puissance et la qualité de ces études étant assez faibles, il nous est difficile de conclure quant aux bienfaits d’un apport en oméga-3 pour réduire l’épilepsie. 

Chez le chien, une étude a été menée sur quinze chiens afin de tester l’efficacité d’une supplémentation en oméga-3. Dans cette étude, la supplémentation n’a pas réduit la fréquence et la gravité des crises chez le chien épileptique.

Une autre étude, menées en 2009, montre qu’un chien soigné avec du phenobarbital et avec une supplémentation en oméga-3 a vu ses crises diminuées de 85 % sur une période de 18 mois.

→ Ainsi, l’intérêt de l’oméga-3 pour combattre l’épilepsie n’est pas assez étudié chez le chien et reste peu démontré chez les hommes.   

Explorer la piste du régime cétogène contre les crises d’épilepsie

Des recherches récentes ont montré que les régimes cétogènes composés de triglycérides à moyenne chaîne (TCM), notamment l’acide décanoïque (c10) ont un effet direct anticonvulsivant.  Plus exactement, le c10 permet d’inhiber des récepteurs du cerveau à l’origine des crises. 

L’ANSES avait émis un avis en 2018 : la littérature n’apportait pas d’éléments précis quant à la « nécessité d’un soutien nutritionnel de la fonction cérébrale chez les chiens atteints d’épilepsie » et les données retrouvées chez l’Homme ne sont pas transposables au chien. Cependant, d’autres études, elles, prouvent le contraire. 

Dans l’étude de Masino et al., deux chiens mâles épileptiques de 12 ans et de 8 ans ont suivi, pour l’un, un régime riche en graisses (régime cétogène) et l’autre un régime partiel d’aliments complets. L’étude montre qu’une teneur en glucides réduite et contrôlée peut s’avérer essentielle dans le contrôle des crises. La nourriture pourrait se révéler comme option de traitement contre l’épilepsie. 

Un premier essai clinique croisé randomisé en double aveugle a été mis en place dans l’étude de Law et al. pour comparer un régime cétogène enrichi à 5,5 % de TCM avec un régime placebo pendant 6 mois. Vingt-et-un chiens ont suivi l’étude jusqu’au bout. Voici les conclusions : 

  • La fréquence des crises était significativement plus faible lorsque les chiens recevaient le régime cétogène par rapport au régime placebo. 
  • Trois chiens ont été libérés des crises.
  • Sept ont eu une réduction de plus de 50 %.
  • Cinq en dessous de 50 %.
  • Six n’ont montré aucune amélioration.

Quant aux effets indésirables du régime cétogène, l’incorporation de 10-15 % supplémentaire de TCM sur 3 mois ne révèle aucune toxicité à cette dose maximale testée.

L’étude de Berk et al., a inclus vingt-huit chiens présentant des crises d’épilepsie. Deux groupes ont été comparés : 

  • Des chiens dont le régime a été enrichi de triglycérides à moyenne chaîne (huile purifiée à partir d’huile de palme et de colza, d’acide octanoïque et d’acide décanoïque).
  • Un groupe témoin dont le régime a été supplémenté par une huile d’olive.

La fréquence de crises était significativement plus faible dans le groupe enrichi de triglycérides par rapport au groupe témoin. Dix-sept chiens ont eu une réduction de crises (dont cinq avec au moins une réduction de 50 %) et onze chiens n’ont montré aucune amélioration. 

→ Ainsi, une nourriture riche en triglycérides à moyennes chaînes semble être une piste intéressante dans la lutte contre les crises d’épilepsie. La difficulté est aujourd’hui de déterminer la quantité nécessaire à la réduction, voire à la disparition, de l’épilepsie.

Comprendre l’implication du tryptophane dans l’épilepsie

Il semblerait que le tryptophane, cet acide aminé que l’on retrouve dans les protéines et précurseur de la sérotonine, soit une molécule capable de réguler l’activité de l’hippocampe (situé dans un lobe du cerveau) afin d’empêcher le déclenchement de décharges épileptiques. Une façon de traiter l’épilepsie est de réguler l’excitabilité excessive des neurones, et c’est ce sur quoi joue la sérotonine.  

Le tryptophane est retrouvé majoritairement dans la volaille, bœuf, tofu, saumon selon la base de données National Nutrient Database.

Une première étude a montré qu’un complément alimentaire à base d’alpha-lacto-albumine, une protéine riche en tryptophane, donné à 15 patients, s’est révélé efficace dans le contrôle des crises chez des patients épileptiques médico-résistants. Le pourcentage moyen de réduction de crises était de 60 %. 

De même, dans une autre étude plus ancienne, du tryptophane administré pendant trois semaines à une dose de 0,25 g trois fois par jour a permis d’améliorer considérablement le taux de sérotonine et d’améliorer la fréquence de crises. 

Molécule de tryptophane

→ Les preuves restent encore insuffisantes pour confirmer une efficacité réelle du tryptophane sur l’épilepsie chez le chien. Les pistes d’études se penchent plutôt sur les récepteurs à sérotonine et non sur la synthèse de sérotonine via le tryptophane. Le tryptophane reste une piste intéressante à explorer.

Envisager le BARF ou l’alimentation crue pour nourrir son chien épileptique

Les preuves sont encore insuffisantes chez le chien pour en tirer une conclusion sur l’efficacité d’un régime particulier pour combattre l’épilepsie. Les régimes supplémentés en vitamine D3 ou riches en triglycérides, sont deux régimes potentiellement intéressants, bien que nous ne sachions pas exactement la quantité nécessaire qu’il faudrait rajouter dans les rations. 

Attention, il est nécessaire de suivre correctement toute supplémentation, surtout si elle est administrée durant toute la vie du chien. Nous ne savons pas ce qu’un surplus de TCM sur une vie entière d’un chien pourrait engendrer : le suivi des lipides sanguins et de la fonction pancréatique semble être important. 

Repas barf pour chien epileptique

→ Au vu de ces différentes études, l’alimentation crue, lorsqu’elle est bien réalisée, semble être une nourriture intéressante pour les chiens épileptiques par sa richesse en vitamine D, en lipides et en oméga-3.

Prenons l’exemple d’une ration type :

Pour un chien de 23 kg, la ration est de 598 g, composée de 34 % de dos de poulet + 56 % de dinde et cœur de bœuf, 4 % de foie de porc, 4 % de légumes et 2 % d’huile.
Elle sera composée de :

  • 13,9 µg de vitamine D (les recommandations du NRC étant comprise entre 3,06 µg et 22,25 µg). 
  • 59,8 g de lipides (pour des recommandations du NRC fixées entre 11,14 et 91,93 g)
  • 0,9 g d’oméga-3 (pour une limite minimale du NRC à 0,12 g). 

Cette composition nutritionnelle est intéressante à fournir dans le cas d’animaux épileptiques. Qui plus est, proposer une alimentation naturelle à son animal, contenant des nutriments non dénaturés, engendre irrémédiablement un impact positif sur sa santé !

L’alimentation joue un rôle clé dans la gestion de l’épilepsie canine, bien que les recherches soient encore en cours pour établir des recommandations précises.

→ La vitamine D3, les triglycérides à chaîne moyenne et le tryptophane sont des pistes prometteuses, mais nécessitent un dosage adapté et un suivi vétérinaire.

→ Le régime cétogène et l’alimentation crue semblent offrir des bénéfices potentiels, notamment par leur richesse en lipides et en nutriments essentiels.

→ Une approche nutritionnelle personnalisée, adaptée aux besoins spécifiques de chaque chien, peut être une option à explorer en complément du traitement médical.

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Les sources scientifiques sur l’alimentation et l’épilepsie

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